En 1854 M. Jollivet publiait un "Annuaire des Côtes du Nord". Bien que ces travaux aient un peu vieilli et renferment quelques inexactitudes, nous publions ci-dessous l'intégralité de ce qu'il écrit concernant Saint-Péver.

COMMUNE DE SAINT-PEVER

Formée des villages de Kervoriou, Pors-Penquer, Avaugour, Kerantrou, Pors-Clos, Kervalio, Le Rest ... La commune est limitée, au nord par Ploumagoar, à l'est par Lanrodec, au sud par Saint-Fiacre et à l'ouest par Plésidy, Saint-Adrien et le Trieux.

Sa population est de 618 habitants et sa superficie de 1313 hectares dont 503 sous terres labourables, 387 sous landes et terres incultes. Elle renferme 142 maisons et deux moulins à eau - Moulin Neuf et Moulin d'Avaugour. 

Son revenu cadastral est de 10.854 francs et 86 centimes, et son revenu vrai de 27.087 francs, soit 2,5 pour proportion entre ces deux nombres. Terrain granitique, la montagne de Fromentel est sur quartz.

Le BOURG se compose du presbytère et de quelques toits de chaume. Il est de toutes parts environné de montagnes et situé à 11 km au Sud-Ouest de Plouagat, à 11 km au Sud de Guingamp et à 30 km à l'Ouest de Saint-Brieuc - bureau de poste à Plésidy - école pour garçons.

Etymologie

Saint-Péver est cité dans le Martyrilogue romain comme patron d'un village de son nom, en Bretagne. C'était, paraît-il, un simple prêtre qui se sanctifia par ses mérites  et ses bonnes oeuvres au lieu même dont nous esquissons ici l'histoire. On l'invoque contre  les  ravages de  l'eau et du  feu,  et   l'on  attribue  aux  eaux  de  la fon-

taine qui lui est consacrée la vertu de guérir toute espèce de maux d'yeux. Quoi qu'il en soit, Saint-Péver est en grande vénération dans le pays. On lui attribue plusieurs miracles.
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Eglise

L'église est sous l'invocation du saint dont nous venons de parler. C'est un édifice sans importance et sans caractère architectural, surmonté d'un tout petit campanille abritant trois cloches. A l'intérieur, il est sombre, écrasé, sans autres ornements  que  les  statues mal  exécutées  de  Saint-Péver,  de N.D. du Danouët,

 de Saint-Etienne etc. A force de fureter partout, nous avons découvert, près de l'entrée, un bénitier portant la date de 1590, cachée par un banc ajusté au bénitier même. On porte en offrande à cette église des quenouilles chargées de lin.
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Notre-Dame de Restudo

La chapelle de N.D. de Restudo, au village de ce nom, est plus grande que l'église de Saint-Péver. Elle renferme la statue de Saint-Eutrope, qui passe pour guérir les petits enfants de la colique et la statue de Saint-Jean  auquel les fidèles offrent des agneaux en présent.

 La patronne de cette chapelle, N.D. de Restudo est invoquée dans toutes les circonstances critiques de la vie, et l'on cite plusieurs faits miraculeux accomplis par elle de nos jours, entre autres les deux miracles relatés plus bas.

Manoir de Toulborzo

Le Manoir de Toulborzo, avec tourelle et avenue, est toujours debout, mais fort  délabré. Il  appartient,  depuis 

 plusieurs  siècles, à la famille Le Gonidec de Traissan, dont les armes sont sculptées sur la porte d'entrée.

Notre-Dame d'Avaugour

Notre-Dame d'Avaugour a perdu son acte de naissance, mais on sait que cette chapelle dépendait du château d'Avaugour, détruit en 1420, ainsi que nous le dirons plus loin. Elle est donc très ancienne, et ce n'est pas son seul titre à l'admiration des antiquaires car ses deux portes sont ornées de sculptures remarquables. A l'intérieur elle est nue, un peu délabrée; elle sent l'abandon, mais en revanche elle possède plusieurs bas-reliefs en marbre d'une exécution parfaite. Ces bas-reliefs sont soigneusement renfermés dans une armoire d'attache sculptée. Le jour du pardon - deuxième dimanche de Septembre - et le lendemain, on les expose sur le maître-autel, comme ornements. A droite de ce maître-autel, deux arcades  donnent entrée dans  une petite  enceinte  latérale,  renfermant,  adossé  à  la 

muraille, comme un second autel entièrement en granit et portant sur sa face principale, deux écussons armoiriés. Cet autel carré, lourd, disgracieux, orné sur le devant, d'écussons qui n'avaient pas été mis là pourqu'on les cachât par les ornements dont on couvre d'ordinaire les autels, doit avoir eu pour destination première de servir de sépulture aux barons d'Avaugour. On offre à N. D. d'Avaugour des coiffes et d'autres objets de menue toilette, qui constituent ce que l'on nomme son trésor. Saint-André et  Saint-Antoine sont honorés dans cette chapelle. On invoque le premier pour obtenir la guérison des clous, furoncles etc. et on invoque le second pour qu'il préserve les porcs de maladies.
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Château d'Avaugour

Le château d'Avaugour occupait une hauteur, à peu de distance de la chapelle, sur la rive droite du Trieux. Il n'en reste plus de traces. C'était, dit Ogée, une des premières baronnies de Bretagne, laquelle dépendait en 1331 du comté de Guingamp. Ce châteu fut porté dans la maison de Penthièvre par le mariage d'Havoise, fille et héritière du comte de Guingamp, avec Etienne de Bretagne, second fils du comte d'Eudon et frère du duc Alain Fergent. Après la mort de Geoffroy, son frère aîné, Etienne prit le titre de comte de Penthièvre. Comme ce territoire était alors couvert de forêts, ses descendants y bâtirent le château d'Avaugour pour leur servir de demeure pendant l'été. En 1420, lors de la trahison de Penthièvre, Jean V confisqua la baronnie d'Avaugour et fit démolir le château  soixante ans plus tard. A la sollicitation des états de Vannes, François II rétablit cette baronnie dans tous ses droits,  et la donna  en  apanage  à  François  de  Bretagne,  comte de Vertus, marié  en 

1493 à Madeleine de Brosse, soeur du comte de Penthièvre - leurs descendants sont éteints depuis 1716 - mais le château ne fut pas reconstruit. Cette baronnie fut alors formée des terres d'Avaugour, de Chatelaudren, Lanvollon, Paimpol et Goëlo. Un an plus tard elle fut augmentée des châtelleries de La Roche-Derrien, Châteaulin-sur-Trieux et Clisson. Quelques auteurs ont prétendu que le château d'Avaugour avait appartenu au roi Erech, mais cet anachronisme ne mérite pas qu'on le réfute.

Patrie de HENRI II, baron d'Avaugour, conétable de France, né le 13 jin 1205 au château d'Avaugour - la branche aînée des Avaugour a fini à Jeanne d'Avaugour, dame dudit lieu, comtesse de Goëlo, mariée en 1318 à Guy de Bretagne, comte de Penthièvre, frère aîné de Jean III.
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Une petite fille, vouée à cette sainte patronne, tomba dans le biez du moulin de Toulborzo il y a quelques temps et disparut sous la roue en mouvement avant qu'on ait eu le temps de lui porter secours. Les témoins de cet accident accoururent, n'espérant plus relever qu'un cadavre horriblement broyé; mais leur étonnement égala leur joie lorsqu'ils retrouvèrent cette enfant pleine de vie et sans la moindre meurtrissure ! Pourtant elle avait passé entre le biez et la roue - c'est à dire dans un espace tellement resserré que le fait demeure inexplicable.

Le père de cette même petite fille se soutenait péniblement avec des béquilles. "J'avais, nous dit-il, consulé sans succès le médecin et les guérisseurs. Je n'espérais plus pouvoir jamais me servir de mes jambes et je me voyais condamné à rester infirme pour le reste de mes jours, ce qui était bien triste à mon âge, lorsque l'idée me vint de faire un pélerinage à N.D. de Restudo. Je mis plusieurs heures pour me traîner avec mes béquilles jusqu'à la chapelle. Enfin j'arrivai et je me mis en prières. Mes dévotions terminées, il me sembla que je pourrais me tenir debout. Je me levai donc et j'essayai de marcher. Cela me réussit si bien que laissant là mes béquilles - elles sont encore dans la chapelle - je pus m'en retourner chez moi, à pied, en moins de vingt minutes. depuis je marche sans la moindre difficulté et mes plaies se sont cicatrisées entièrement, comme vous pouvez le voir." En disant cela, il nous montrait les traces de trois opérations douloureuses faites à sa jambe par un médecin des environs. "Dans le pays, reprit-il, on persiste à voir un double miracle dans ma guérison et dans la conservation des jours de mon enfant. Pour moi, monsieur, je me borne à remercier Dieu et la Sainte Vierge depuis cette époque, sans creuser autrement ma pauvre tête. Mais puique vous écrivez l'histoire de notre paroisse, racontez tout cela comme je vous le dis. Personne ne vous démentira, pour sûr." Les fermiers du vieux manoir de Toulborzo attestaient en même temps ces deux faits qu'on avait déjà cités à Saint-Péver.